2e tournée en foresterie autochtone : à la rencontre des Innus de Pessamit


31 octobre 2019 : le cortège emprunte la route 138 direction est. Étudiants de premier, deuxième et troisième cycle ainsi que des membres du personnel de la Faculté des sciences du bois et de la forêt s’en vont à la rencontre des Innus de Pessamit! Le temps est gris et la brume cache les montagnes, mais les pointes des épinettes sont bien là et guettent comme les chiens qui traversent devant les voitures à notre entrée dans les rues de la communauté. Pessamit est calme : beaucoup de maisons qui se ressemblent et se rassemblent au bord du fleuve.


Fidèles à leur surnom de « Peuple rieur », les employés qui nous accueillent au Conseil sont souriants et déguisés pour l’occasion. Nous avons la chance de rencontrer Marie-Hélène du secteur Territoire pour une présentation sur la communauté, le territoire, la gouvernance et les projets en foresterie (réalisés et à venir). Ensuite, Éric Kanapé nous rencontre : chaleureux et intéressé à nous connaitre dès les premières minutes. Nous le suivrons dans les chemins forestiers pendant 2 heures pour rejoindre Michel, son frère, et Michèle, l’épouse de Michel, sur leur terre familiale. Les paysages étaient brouillés par la noirceur qui s’installait, mais nous semblaient grandioses : lacs, montagnes, chutes, forêt que l’on allait explorer dans les prochains jours. En arrivant au camp, un peu de neige au sol et la fumée qui s’échappe des cheminées des deux shaputuans (grandes tentes de rassemblement). Accueillis par un repas réconfortant, nous sommes ravis d’être rassemblés sur le Nitassinan des Innus de Pessamit. Nous avons la chance de monter notre dortoir avec des tapis isolants et du sapinage. Quelques-uns bûchent, d’autres discutent. Des échanges, des témoignages et un petit concert musical closent cette première journée.

Une nuit d’adaptation pour tout le monde : le froid, l’eau qui s’infiltre et les poêles à alimenter. Tout le monde a survécu et se rassemble autour d’un généreux déjeuner préparé par Michèle. On part ensuite avec les minivans et les pickups. La petite neige et les paysages nous émerveillent et la motivation de tous à découvrir innu-aitun (culture innue) nous fait oublier le temps gris et froid. Éric et Michel s’arrêtent au bord d’un lac : ils ont vu une hutte de castor et c’est là où ils nous montreront à poser un piège. On s’arrête à nouveau pour poser des collets de lièvres et de lynx. Tout le monde est fasciné par ces nouveaux apprentissages et la patience de nos nouveaux amis innus pour nous expliquer leurs techniques et répondre à toutes nos questions est inépuisable. On revient diner au campement et aussitôt quelques-uns d’entre nous repartent pour bûcher en forêt. Un arbre est abattu et tous les bûcherons coopèrent pour charger les bios dans les voitures. Sur la route, on parle d’orignaux et de chasse. Si on garde l’œil ouvert, on risque d’en voir dans cette forêt à moitié ravagée par le feu de l’été dernier. Ce sont alors deux femelles qu’on aperçoit au milieu de la route. De retour au camp familial, c’est sans hésiter que les étudiants aident la famille Kanapé à la préparation du repas. Après un beau souper et une soirée relaxante, on ne tarde pas à se coucher après cette journée chargée en émotions.


Le sommeil était nécessaire pour tous. Après le déjeuner, tout le monde est excité d’aller voir si les pièges ont fonctionné. On retourne au lac et on trouve un énorme castor pris au piège. Malgré que les collets soient vides, on est tous impressionnés par le succès de cette activité de trappe et nous sommes emballés à l’idée de préparer l’animal pour y gouter lors du Mukushan (grand festin traditionnel). Nous rentrons au campement et commençons la préparation des viandes pour le souper : castor et outarde sont suspendus au-dessus du feu tandis que la perdrix et l’orignal mijotent dans les casseroles. Nous apprenons beaucoup sur les techniques de dépouillage des animaux et de préparation des aliments. Une banique et des accompagnements sont également préparés. L’ainé Grégoire Kanapé et d’autres membres de la famille se joignent à nous pour cette belle soirée. Après le repas, l’ainé, avec son teueikan (tambour), chante pour remercier le créateur et nous invite à danser tous ensemble. Nous sommes fascinés par son témoignage et à la fin de celui-ci, il répond généreusement à nos questions. C’est ce dernier moment de rassemblement qui conclut un séjour riche en échanges, en émotions et en apprentissages. Nous reprendrons la route dès le lendemain matin afin de retourner à la maison ressourcés, le cœur joyeux et la tête remplie de souvenirs mémorables.


Les étudiants souhaitent remercier de tout leur cœur la famille Kanapé pour son accueil chaleureux ainsi que les organisateurs de la tournée Jean-Michel Beaudoin et Ève Desroches-Maheux.


Tsinashkumitin à tous les participants!